


Sécurité et santé mentale en agriculture : les recommandations européennes pour une transformation par l'engagement collectif
Publié le 06.02.2025
Le 7 janvier 2025, l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail a publié un rapport concernant la santé et la sécurité mentale dans le secteur de l’agriculture.
Ce document, disponible en anglais, examine et analyse l’exposition des agriculteurs et des travailleurs agricoles européens aux risques psychosociaux.
Basé sur la recherche documentaire et des entretiens individuels, ce rapport met l’accent sur la situation alarmante du secteur, qui place celui-ci à la première place en termes de nombre d’accidents du travail mortels et de suicides. Pour rappel, « un agriculteur irlandais sur quatre fait face à un épuisement professionnel, et en France, un suicide d'agriculteur a lieu tous les deux jours. »
Les facteurs de RPS chez les agriculteurs
Au-delà d’un simple constat, le rapport dresse un inventaire des causes de ce « mal-être ».
Parmi elles, les horaires excessifs, souvent liés au fait de devoir être constamment disponible, l’absence de repos ou de détente, et des difficultés en matière de relations sociales pouvant conduire à des conflits familiaux.
L’insécurité financière reste le principal facteur de stress.
Le rapport cible également un travail « solitaire dans des zones rurales isolées », l’agriculteur subissant de surcroît des pressions économiques, réglementaires et administratives qui contribuent à un sentiment grandissant d’incertitude et d’imprévisibilité.
Des transformations majeures dans le secteur agricole, telles que l'intensification du capital, la numérisation, le changement climatique, la dépopulation et l'augmentation de la demande de produits biologiques, ont introduit des facteurs de stress supplémentaires.
Le profil démographique de l'agriculteur typiquement masculin est en train de changer tandis que les agriculteurs et les travailleurs agricoles quittent le secteur et que les femmes et les migrants reprennent les postes vacants. »
Ce changement démographique augmente les risques psychosociaux pour ces populations, notamment pour les femmes. Elles doivent concilier des contraintes professionnelles lourdes avec leur rôle familial majeur.
Remarque : la problématique des personnes LGBT renforce les risques de développer un problème de santé mentale. Cependant, ni la littérature ni les acteurs du secteur n'ont discuté de ce facteur.
Les préconisations
Face à un tel constat, le rapport suggère différentes mesures pour remédier à cette situation.
En ce qui concerne les agriculteurs et les employeurs, le rapport recommande une évaluation des risques psycho sociaux en utilisant des outils pratiques en ligne comme OIRA UE.
Il recommande également d’investir dans la formation sécurité et santé au travail.
Selon les auteurs, la mise en place d’une diversification des pratiques agricoles favorisera la production agricole, améliorera les bénéfices de la ferme, ainsi que les résultats en termes de santé et d'écologie.
Le rapport rappelle que les agriculteurs qui sont employeurs doivent garantir l’emploi des travailleurs migrants et saisonniers conformément aux lois en vigueur (respect des salaires minima, logements décents…).
Les auteurs recommandent des actions pour les organisations sectorielles, intermédiaires et les services éducatifs. Celles-ci sont appelées à :
- développer et maintenir des réseaux de soutien ;
- s’employer à améliorer l'image de l'agriculture en accroissant sa reconnaissance parmi la population afin de diminuer la stigmatisation ;
- former et fournir des outils pour reconnaître les signes et symptômes des problèmes de santé mentale ;
- aborder la sécurité financière en aidant les agriculteurs à développer des plans de gestion d'entreprise complets ;
- fournir un soutien personnalisé et une assistance pour la mise en place d'une ferme ;
- promouvoir l'égalité des sexes et la diversité grâce à des formations spécialisées abordant la diversité et l'inclusion
- intégrer les travailleurs migrants via des initiatives incluant des formations linguistiques et garantir la fourniture d'un logement sûr et sécurisé.
Le dernier volet de recommandations s’adresse aux autorités politiques. Leurs missions seraient, notamment, d’améliorer l'infrastructure et l'accès aux soins de santé dans les zones rurales, y compris les services de violence domestique, d’aborder l'insécurité financière pour garantir un prix juste pour les produits agricoles et les revenus des agriculteurs, d’établir des services de soutien spécialement conçus pour les femmes agricultrices et d'autres groupes (par exemple, les migrants, les jeunes et les agriculteurs âgés et les travailleurs agricoles), de créer des opportunités de repos et de détente grâce à des programmes de remplacement spécifiques, de soutenir les conversions agricoles et la diversification des pratiques agricoles et sensibiliser aux avantages de l'agriculture non conventionnelle, biologique.
En conclusion, le rapport de l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail souligne l'urgence à aborder la question de la santé mentale et de la sécurité dans le secteur agricole. Les auteurs soulignent la nécessité de l'engagement de tous - agriculteurs, employeurs, organisations sectorielles, services éducatifs et autorités politiques - pour transformer ces défis en opportunités pour un secteur agricole plus sûr, plus sain et plus durable.
Site EditionsLégislatives 16/01/2025