Pac : la France utilise enfin le fonds pour l’alimentation, jusqu’ici inemployé.
Près de dix ans après son lancement, le fonds européen « school scheme », destiné à favoriser l’alimentation de qualité auprès des élèves, semble décoller.
Publié le 06.05.2026
Près de 20 millions d’euros pour soutenir les agriculteurs français n’ont pas été utilisés en 2023-2024. Depuis le lancement du programme « lait et fruits et légumes à l’école » en 2017, financé par le premier pilier de la Pac, la France peinait à consommer cette enveloppe, jusqu’à ces dernières années.
En 2023-2024, seuls 35 % des 32,7 millions d’euros alloués à la France ont été utilisés. Mais d’après le ministère de l’Agriculture, en 2024-2025, 20 millions d’euros ont été alloués, doublant l’utilisation de ce fonds, confirmant son rôle de « levier » pour l’agriculture durable française.
D’un montant total de 220 millions d’euros par an, ce fonds européen permet, selon les pays, de financer aussi bien des distributions alimentaires dans les écoles que des actions favorisant l’approvisionnement local des cantines, des visites de fermes, des ateliers de cuisine ou encore des interventions pédagogiques sur l’alimentation.
En somme, tout ce qui « encourage une production alimentaire durable et promeut une alimentation équilibrée auprès des enfants en encourageant la consommation de fruits et légumes et de produits laitiers », pose la Commission européenne.
Un tiers du budget en 2023-2024
Mais la France, pourtant première bénéficiaire de ce fonds (32,7 millions d’euros par an : 18,1 millions pour les fruits et légumes et 14,6 pour les produits laitiers), n’avait utilisé qu’un tiers de son budget en 2023-2024. « Ce qui est extraordinaire, c’est qu’on veut tous améliorer la connaissance des enfants en faveur d’une nutrition équilibrée et saine. On a un programme européen et on n’est pas capable de le consommer », racontait depuis Bruxelles l’eurodéputé Éric Sargiacomo (S & D), joint par téléphone par La France Agricole.
La France partait de loin. Lors du précédent programme (2017-2022), l’Hexagone avait consommé seulement 8 % des crédits pour 2020-2021 et 16 % l’année suivante, d’après le rapport d’évaluation du fonds signé du ministère de l’Agriculture en février 2023.
Alors que la même année, l’Allemagne consommait près des trois quarts de ses enveloppes européennes. Et le fonds pour les fruits et légumes était consommé à hauteur de 96 % (à peine 20 % du fonds pour les produits laitiers est alloué en revanche). À titre de comparaison, les fonds européens étaient consommés dans plus de 33 150 écoles en Allemagne, contre seulement 6 200 en France durant l’année scolaire 2023-2024.
« Levier » pour Egalim
C’est un enjeu de taille : l’argent perdu chaque année par la France remonte directement à l’Union européenne. Ce fonds pourrait pourtant aider les agriculteurs engagés dans des démarches de qualité. Car le déploiement du « school scheme » en France doit être utilisé, d’après le gouvernement, comme « un levier pour atteindre l’objectif emblématique de la loi Egalim de 50 % de produits durables et de qualité, dont au moins 20 % de produits biologiques ».
Il s’est traduit, dans son application, par la distribution de produits sous signes officiels de qualité (AOP, IGP, STG, label rouge, AB) le midi dans les écoles (86 % des demandes d’après le ministère de l’Agriculture), alors qu’actuellement, seul un tiers des cantines respectent l’objectif d’Egalim des 50 % de produits durables.
Mais entre 2017 et 2022, les « charges de gestion [étaient] perçues disproportionnées par rapport à l’aide reçue » avec des « contraintes de distribution des produits », racontait le rapport d’évaluation du fonds par le ministère de l’Agriculture en 2023.
Conscients du problème, le ministère de l’Agriculture et sa branche opérationnelle FranceAgriMer ont simplifié les procédures de contrôles et de demandes de subventions (passé de trois demandes à deux par an, réduits les fiches de produit — plus de 120 — à huit catégories de produits…) Avant l’année scolaire 2022-2023, les établissements devaient prouver que la distribution était conditionnée à des actions d’éducation à l’alimentation. Désormais, elles sont directement intégrées aux programmes scolaires et seuls deux justificatifs sont nécessaires : les récapitulatifs de livraison et les menus du midi durant lequel sont distribués les produits sous Siqo.
Et c’est un succès. Le budget a décollé pour l’année scolaire 2024-2025, multipliant par deux la consommation de l’enveloppe. 20 millions d’euros ont été alloués en 2024-2025, auprès de 11 000 écoles représentant 1 million d’élèves, d’après FranceAgriMer, qui pilote les demandes de subventions.
S’il n’y a plus de freins techniques, c’est aujourd’hui la communication qui doit être renforcée. FranceAgriMer identifie par exemple des marges de développement dans certaines régions, ce qui permettrait de se rapprocher du plafond de l’enveloppe. En 2024-2025, 10 millions d’euros sont restés sur le carreau.
De nouveaux appels à projet
Pour répondre au faible recours à ce fonds, et en s’inspirant de ses voisins européens, FranceAgriMer a lancé, à partir de 2023, des appels à projet visant à élargir l’utilisation du « school scheme ». Ceux-ci permettent notamment de financer des « mesures éducatives » (visites d’exploitations ou de sites de transformation, ateliers de cuisine, etc.) ainsi que des actions de communication (campagnes d’information, brochures, sites web, conférences…).
L’enveloppe allouée aux appels à projet aurait été entièrement utilisée. Et FranceAgriMer a renouvelé les appels à projet cet hiver. Signe que quand la simplification est en marche, les administrations se saisissent des aides, pour le plus grand bonheur des agriculteurs français engagés dans des démarches de qualité.
Site LaFranceAgricole - Actualités 01/04/2026