Pac 2028-2034 : l’Iddri appelle à mieux prévenir les risques agricoles

Dans une note publiée le 21 mai 2026, l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri) formule quatre recommandations pour passer d’une gestion de crise à une gestion préventive et systémique des risques dans la future Pac.

L’Union européenne importe entre 45 et 60 % des engrais de synthèse qu’elle consomme, et environ 70 % du soja destiné à l’alimentation animale. Ces dépendances exposent les agriculteurs européens à des risques de perturbation des marchés - hausse des prix ou rupture d’approvisionnement - dont l’imprévisibilité s’est accentuée dans un contexte géopolitique instable. C’est à partir de ce constat que trois chercheurs de l’Iddri ont travaillé à des propositions pour la prochaine Pac.

Dans la Pac 2023-2027, la gestion des risques repose essentiellement sur des assurances et des fonds de mutualisation, auxquels seulement 14,5 % des exploitations européennes ont recours. Ces outils relèvent d’une stratégie d’atténuation (transfert du risque à un tiers après l’aléa) et non de prévention. La note souligne que si d’autres instruments pouvant servir à la prévention existent, ils sont actuellement faiblement dotés. Or, « sous-investir le levier de la gestion des risques [soit la prévention] impose de surinvestir celui de la gestion des crises », pointe l’Iddri.

Quatre recommandations pour le prochain budget européen

Les chercheurs s’appuient sur deux leviers : la diversification des productions à l’échelle des exploitations comme des territoires, et l’accroissement de la circularité dans la gestion des nutriments - c’est-à-dire recourir davantage aux fertilisants disponibles en Europe plutôt qu’aux engrais importés.

Première recommandation : obliger les États membres à dresser un état des lieux de leurs dépendances stratégiques dans leurs plans de partenariat nationaux et régionaux (PPNR). Deuxième recommandation : élargir les outils soutenus par la Pac, par exemple via un paiement forfaitaire pour encourager l’allongement des rotations des cultures ou un fonds de mutualisation activable en cas de hausse des prix des intrants.

Troisième piste : conditionner l’accès aux aides de crise du futur « filet de sécurité unitaire » - doté de 900 millions d’euros par an dans la proposition de la Commission européenne pour la réforme de la Pac - aux efforts préalables de l’État membre en matière de prévention.

Enfin, mobiliser le fonds européen pour la compétitivité, dont un volet de 22,6 milliards d’euros est affecté à l’agriculture et à la bioéconomie, pour financer des alternatives aux engrais azotés importés : engrais décarbonés à base d’hydrogène vert, fertilisants organiques issus d’effluents d’élevage, ou encore bactéries fixatrices d’azote.

Un enjeu pour le revenu des exploitations

L’Iddri reconnaît que la diversification et la circularité sont peu attractives économiquement à court terme : coûts de production plus élevés, rendements potentiellement réduits, débouchés moins structurés. Elles ne deviennent pertinentes pour les agriculteurs que lorsque le système subit « trop d’aléas pour assurer la sécurité et la prévisibilité du revenu agricole ». Les auteurs insistent sur la nécessité d’un soutien public pour accompagner ces transitions et structurer les filières concernées.

Site LaFranceAgricole - Actualités 01/06/2026

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