Le prix du foncier repart légèrement à la hausse

Après deux années de baisse, les transactions du marché foncier agricole repartent à la hausse. Mais la Safer s’inquiète de la consommation masquée. L’hectare moyen de terres agricoles coûte 6 460 € en 2025.

Le marché foncier agricole reprend légèrement des couleurs, avec un hectare moyen à 6 460 € en 2025 (+ 0,9 %). Il reste cependant « inférieur à l’inflation », note Loïc Jegouzo, responsable du service étude à la FNSAFER, présentant l’état du marché foncier agricole par la Safer, l’organisme qui régule le foncier agricole en France, ce jeudi 21 mai 2026. Voici cinq infos à retenir sur l’état du marché foncier agricole en 2025.

1- 424 000 hectares ont changé de mains en 2025

Le nombre de transactions pour les terres et prés en 2025 a légèrement augmenté passant à 92 340 transactions (+ 3,2 %) après deux années de baisse. Cela représente 424 000 hectares agricoles qui ont changé de mains l’année dernière d’une valeur totale de 5,3 milliards d’euros (+ 11 %).

2- Le prix de l’hectare en hausse dans les zones de grandes cultures

Si le prix moyen de l’ensemble des terres et prés libres a progressé, cela est principalement dû aux zones de grandes cultures. L’hectare moyen y a été vendu à hauteur de 8 150 € en 2025. Un chiffre en hausse de 4,2 % par rapport à l’année dernière. Au contraire, l’hectare moyen en zone de polyculture-élevage descend à 6 410 € (-0,6 %), tout comme celui en zone d’élevage bovin à 4 740 € (-1 %).

Attention toutefois à y voir une baisse structurelle. « Il y a une baisse à l’échelle nationale mais les Safer locales font état de hausses dans certains départements, indique Loïc Jegouzo. Les cours élevés du lait et de la viande contribuent au dynamisme et à la remontée des prix ». Résultat, « il y a un regain d’intérêt pour le secteur de l’élevage, notamment dans la Nièvre avec de nouvelles installations ».

3- Les biens loués soutiennent le marché

La reprise nationale est « portée par le marché des biens loués », note la Safer dans son document. Ces biens représentant les terres « exploitées par un fermier en place non-propriétaire et soumis à un bail rural au moment de leur vente », précise la Safer.

La surface transférée en 2025 pour les biens loués bâtis et non bâtis a été de 242 700 hectares (+ 12,9 %) et le nombre de transactions a progressé de + 7,3 % (soit 48 460) tout comme leur valeur (+ 22 %).

Toutefois, le marché des biens libres non bâtis (exploités par un exploitant-propriétaire et non soumis à un bail rural au moment de leur vente poursuit son recul entamé en 2022. Sur l’ensemble (biens bâtis et non bâtis), le nombre de transactions reculent de -1 %, et la surface de -2 % (181 800 hectares). Leur valeur a cependant légèrement augmenté (+ 4,2 %).

4- Des terres non transmises malgré le renouvellement des générations

« La moitié des exploitations vont changer de mains dans les prochaines années. Certains imaginaient un raz-de-marée sur le marché foncier. La vague n’est pas là et nous ne la verrons probablement pas », note Thierry Bussy. Pourquoi ? Deux pistes l’expliquent.

D’abord, le marché foncier est progressivement grignoté par le marché sociétaire. Ce dernier concerne toutes les transactions réalisées par les sociétés (GFA, EARL, SCEA, GAEC…). « Les sociétés achètent sur le marché foncier, mais une fois que [la terre] est acquise, elle est rarement remise sur le marché foncier » et reste dans le marché sociétaire, éclaire Loïc Jegouzo.

Avec la hausse structurelle des sociétés agricoles, les ventes de terre se sont multipliées sur ce marché. Elles représentent aujourd’hui « l’équivalent 10 % des transactions sur le marché foncier total (terres et prés et vignes) et en termes de surfaces, elle représente presque deux fois et demie la surface du marché foncier agricole », ajoute le responsable.

La deuxième raison repose sur la conservation des terres par les agriculteurs qui partent à la retraite. Certains vont jusqu’à exploiter les terres via des sociétés de prestation qui réalisent les travaux culturaux. « Ce sont des exploitations qui ne peuvent pas être transmises à des jeunes qui pourraient s’installer, c’est une vraie problématique ! » Déplore le président de la FNSAFER, pointant la « financiarisation de l’agriculture ».

5- L’artificialisation des terres agricoles divisée par deux en 4 ans

La loi zéro artificialisation nette (ZAN) fait ses preuves, d’après Thierry Bussy. L’artificialisation a été divisée par deux en quatre ans, passant à 8 500 hectares de terres agricoles artificialisés en 2025. Face aux détracteurs de la loi ZAN, le président encourage à « ne pas la remettre en cause », avec « des élus qui aujourd’hui se l’approprient ».

« Oui, nous avons de moins en moins de foncier agricole qui sort de l’usage agricole vers l’artificialisation mais il y a une fuite en avant de ces terres via une consommation masquée », s’inquiète Loïc Jegouzo. La Safer estime à 28 400 hectares la surface qui serait sortie d’un usage agricole en 2025. Cette consommation masquée peut se traduire par de la « cabanisation » (via des constructions illégales), du stockage, ou du loisir.

Alors que l’Assemblée nationale est en train d’examiner la loi d’urgence agricole, la Safer espère que les mesures relatives à la protection du foncier agricole feront consensus. Une d’entre elles vise à encadrer et rendre plus transparent les baux emphytéotiques, parfois utilisés comme un instrument de vente pour échapper à l’encadrement des terres agricoles exercées par la Safer.

Site LaFranceAgricole - Actualités 21/05/2026

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