« Il n’est jamais trop tard pour adapter les bâtiments d’élevage au changement climatique »
En cet été 2026, les épisodes caniculaires ont mis les animaux d’élevage à rude épreuve. Accélération de la respiration, baisse de la production, ralentissement de la croissance… Plusieurs signaux permettent de détecter un stress thermique. Pour Serge Zaka, 23 agroclimatologue, l’adaptation doit désormais concerner les bâtiments ou encore les pâtures.
Publié le 08.10.2026
Les épisodes caniculaires de 2026 ont rappelé la vulnérabilité des élevages français face aux fortes chaleurs. Pour l’agroclimatologue Serge Zaka, il devient urgent d’adapter les bâtiments d'élevage, les pâtures et les systèmes d’alimentation. Sous 40°C, le bien-être des animaux n’est pas garanti. « Il y a des signaux directs qui peuvent être observés lors du début d’une canicule, c’est notamment la respiration des animaux », explique-t-il.
En accélérant leur rythme respiratoire, les animaux cherchent à évacuer davantage de chaleur et à réguler leur température corporelle. « Plus ils accélèrent leur rythme de respiration plus ils sont en stress thermique », précise Serge Zaka. Dans ces conditions, chez les bovins, une baisse de la production de lait peut se constater et la croissance de l’animal peut être ralentie.
Favoriser l’eau et les flux d’air
Pour limiter le stress thermique, plusieurs solutions sont déjà disponibles. Serge Zaka cite notamment l’eau et les flux d’air. En effet, selon lui, dans les bâtiments, la ventilation et la brumisation jouent un rôle important. Les flux d’eau sur la peau, comme les douches, permettraient de bien réguler les animaux.
Selon l’agroclimatologue, les solutions doivent être adaptées au mode de logement. « Il n’est jamais trop tard pour adapter les bâtiments d’élevage aux changements climatiques. S’il se situe en bâtiment, on va plutôt favoriser la ventilation, la brumisation, mais aussi les circuits d’air à l’intérieur du bâtiment, indique Serge Zaka. À l’extérieur, on va plutôt favoriser les animaux sous parc ombragé puisque le soleil réchauffe la peau des animaux. »
Des bâtiments à repenser
Le besoin d’adaptation devrait devenir de plus en plus important. Selon Serge Zaka, en se référant aux indicateurs THI, qui prennent en compte la température et l’humidité, le nombre de jours stressants pour les animaux d’élevage devrait être multiplié par deux, voire par trois dans certains territoires.
« Certaines régions qui n’avaient pas l’habitude d’avoir ces fortes chaleurs sont de plus en plus exposées, notamment les Pays de la Loire, la Normandie, le Nord-Pas-de-Calais, mais aussi la Bretagne », observe-t-il. Si à l’avenir les bâtiments d’élevage doivent s’adapter au changement climatique, ce ne serait pas le seul point à prendre en compte. D’après Serge Zaka, dans les parcs comme dans les pâtures, l’intégration d’arbres serait nécessaire. Le choix des essences devra lui aussi tenir compte du climat futur. L’agroclimatologue renvoie notamment vers ClimEssences, outil de l’Office national des forêts (ONF), qui identifie les espèces les plus adaptées aux évolutions climatiques. « Il va falloir mettre la croix sur certains types d’élevage » En dehors des bâtiments et de la plantation d’arbres, la question de l’alimentation apparaît aussi centrale. Avec les fortes chaleurs, les prairies sont mises à rude épreuve puis dans les régions les plus productrices de maïs la culture est confronté à des difficultés de rendement. Selon Serge Zaka, à l’avenir, les éleveurs devront s’interroger sur les espèces présentes dans leurs pâtures et sur la gestion des stocks de fourrage. À plus long terme, ces contraintes pourraient également modifier la géographie de l’élevage français. « Il va falloir mettre la croix sur certains types d’élevage et surtout sur certaines localisations », prévient Serge Zaka. Il cite notamment le cas des vaches laitières dans le Sud Ouest, où les conditions pourraient devenir « de plus en plus complexes ». À l’inverse, certains élevages pourraient se maintenir dans le nord de la France, comme en Normandie. Dans le Sud, les ovins et les caprins pourraient devenir plus fréquents, poursuit l’agroclimatologue. « On va plus avoir des paysages qui vont ressembler à la Grèce, ou carrément à la Turquie, avec des fromages de chèvre, des fromages de brebis, qui seront plus fréquents. »
Site LaFranceAgricole - Actualités 23/09/2026