Aide à l’hectare ou à l’actif, quelle orientation pour la prochaine Pac ?
Passer d’une aide à l’hectare avec une composante historique à une aide à l’actif avec un paiement redistributif à l’hectare, c’est ce que propose le collectif Nourrir pour la prochaine Pac. Les 54 organisations du collectif formulent une série de propositions pour la Pac post-2027.
Publié le 15.10.2026
« Nous faisons face à une nouvelle réalité qui nous oblige à revoir nos propres politiques publiques » a déclaré Mathieu Courgeau, coprésident du collectif Nourrir et agriculteur, soulignant les crises climatiques et géopolitiques auxquelles doivent faire face les agriculteurs. Le collectif, qui regroupe plus 54 organisations, porte des propositions communes pour « changer » la prochaine Pac, dans un rapport publié le 24 septembre 2026.
« Nous devons réconcilier les deux exigences, le droit des paysans à un revenu décent et le droit des populations à une alimentation de qualité saine choisie, durable et accessible », défend Mathieu Courgeau. À Bruxelles, la réforme de la Pac post-2027 est engagée et la déclinaison française se prépare.
Une aide aux actifs qui travaillent sur la ferme
Le collectif formule plusieurs grandes orientations pour la Pac de 2028. Il revendique une politique qui garantit des revenus décents aux agriculteurs grâce à des marchés mieux régulés. « La première politique de la Pac, c’est le soutien au revenu », insiste Mathieu Courgeau.
Le collectif Nourrir propose d’introduire « une définition claire » de l’agriculteur actif, orienté vers les actifs qui travaillent « effectivement sur la ferme ». Pour les aides au revenu, il propose de s’éloigner de l’aide au revenu à l’hectare en mettant en place « un paiement socle forfaitaire à l’agriculteur actif » assorti d’un paiement redistributif à l’hectare, avec trois « tranches de surfaces » différentes comme pour l’ICHN. Il invite également mettre en place un « bonus forfaitaire » à l’actif « pour les populations agricoles les plus fragiles ou ayant besoin de soutiens appuyés dans leur activité : notamment les nouveaux installés et les femmes ».
Le collectif Nourrir prône dans le même temps une accélération sur la transition des modes de production avec 35 % du budget alloué à l’environnement et au climat (30 % sur 2023-2027, selon la cour des Comptes) et une Pac qui accompagne un véritable renouvellement des générations, avec 10 % du budget accordé (1 % aujourd’hui). « Nous souhaitons mettre nos propositions en débat. Le statu quo n’est pas une option. Ne rien changer aujourd’hui, c’est préparer les crises de demain », lance Mathieu Courgeau.
Le changement climatique « en pleine face »
« Le changement climatique, on l’a pris en pleine face depuis quelques mois. Ce qu’on imaginait dans une ou deux décennies on le vit aujourd’hui », témoignait Axel Euverte, éleveur en Ille-et-Vilaine, membre de la Confédération paysanne, lors d’un débat organisé par le collectif Nourrir le jour de la publication du rapport. Il déplore que les aides pour les nouveaux installés et pour les MAEC soient « dérisoires » et argumente en faveur d’une aide de base à l’actif et non à l’hectare « pour continuer à soutenir le revenu ».
Sur cette question, Serge Lhermitte, directeur général de la performance économique et environnementale au ministère de l’Agriculture, soulignait lors du débat que la situation est différente selon les États membres. Mettre en place une aide à l’actif reviendrait à « redistribuer assez fortement les volumétries d’enveloppe au détriment de l’agriculture française », selon lui. « Ce sont des composantes dont il faut avoir conscience », prévient-il.
« Dans la Pac, il y a des outils qui contribuent à encourager des pratiques différentes et des outils qui ne sont pas orientants au sens qu’ils viennent soutenir une activité présente », explique Serge Lhermitte. Il estime que le seul argument de l’aide à l’hectare ne suffit pas à favoriser l’agrandissement. « On peut se poser la question. Faut-il maintenir ou pas une aide de base et dans quelle proportion ? Il y a cependant une composante qui n’est pas neutre : le poids de l’aide de base dans le revenu actuel des agriculteurs français. Pour certaines productions, cela représente 30 %, voire parfois 50 % du revenu. »
Un impact fort sur la survie de la profession
La manière de faire évoluer « ce filet peut avoir un impact très fort sur la survie de la profession », prévient Serge L’hermitte.
Deux questions se posent : les exploitations actuelles sont-elles capables d’encaisser l’effet redistributif que pourrait avoir une aide fondée sur l’actif et quelle proportion de budget y consacre-t-on, sachant que c’est une aide vitale pour une partie des exploitations et que cela conditionne l’enveloppe qui sera disponible pour les autres types d’aide ?
Les débats ne font que commencer. Bruxelles espère trouver un compromis sur le budget et le cadre européen de la Pac post-2027 d’ici à la fin de l’année 2026. Ensuite viendra le temps des arbitrages nationaux.
Site LaFranceAgricole - Actualités 29/09/2026